samedi 18 mai 2013

Filiation et reconnaissance : pas encore pour les couples homos


L’adoption est ouverte aux couples homosexuels depuis 2006 en Belgique, mais rares sont ceux qui y ont accès. Si l'on prend par exemple l’adoption à l’étranger, aucun enfant n’a été confié à un couple homosexuel entre 2007 et 2010 en Wallonie. Dans le cadre de l’adoption nationale, seuls quelques couples homosexuels se sont vu confier un enfant. Dans ce contexte, c’est peu dire que l’adoption par les couples gays et lesbiens relève toujours du parcours du combattant. 

« Ces couples doivent redoubler d’imagination pour avoir accès à la parentalité », explique Thierry Delaval, d’Arc-en-Ciel Wallonie, la coupole des associations LGBT wallonnes. Les couples de femmes ont principalement recours à la procréation médicalement assistée (PMA), pour autant qu’ils ne soient pas écartés par les centres qui la pratiquent. La mère biologique doit ensuite adopter l’enfant de sa compagne. C’est la même chose lorsqu’un couple d’hommes fait par exemple appel à une « mère porteuse », ce que l’on appelle la gestation pour autrui (GPA), même si la pratique reste à ce jour plutôt exceptionnelle puisque dépourvue de tout cadre légal. Dans un cas comme dans l'autre, cette procédure d’adoption intrafamiliale permettant aux deux parents d’être reconnus légalement s’avère à la fois lourde, longue et coûteuse. En attendant, le parent non biologique n'a aucun droit sur l'enfant (lire ci-dessous). 

Un avant-projet de loi

Dans sa déclaration de politique générale, le gouvernement Di Rupo Ier prévoyait « l’élimination des inégalités en ce qui concerne la parentalité des couples de même sexe ». A un an de la fin de la législature, les associations LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels) ont profité de la Belgian Pride de ce 18 mai sur le thème des familles arc-en-ciel pour réclamer une loi simplifiant la procédure actuelle de filiation qui passe donc aujourd’hui obligatoirement par l’adoption de l’enfant du conjoint. Il s’agirait d’élargir aux couples homosexuels la présomption de paternité ou la procédure de reconnaissance ; la première prévalant chez les couples hétérosexuels mariés, la deuxième s’appliquant à ces mêmes couples non mariés.

Deux textes, parmi d’autres, sont sur la table à ce sujet. Il y a tout d’abord une proposition de loi du député fédéral Olivier Henry (PS). Demandant une modification du Code civil destinée à ouvrir la présomption de paternité et la procédure de reconnaissance aux couples homosexuels, la proposition doit encore être fixée à l’agenda de la commission Justice de la Chambre. Le deuxième texte à l’étude est un avant-projet de loi porté par la ministre de la justice Annemie Turtelboom (Open VLD). Il permettrait à des couples lesbiens ayant eu recours à une PMA de créer un lien de filiation par reconnaissance et sans passer donc par une procédure d’adoption. « Il est bien plus restrictif que la proposition Henry », souligne Thierry Delaval, d’Arc-en-Ciel Wallonie. Le texte, qui d’après nos informations serait déposé sur la table du gouvernement d’ici l’été, ne concerne effectivement pas les couples d’hommes ayant par exemple fait appel à une « mère porteuse ».

Jérémie Lempereur




« Si notre fils a le moindre problème, je suis une inconnue ! »

Cécile et Anne (prénoms d’emprunt), toutes deux la quarantaine, ont un fils de deux ans. C’est Anne qui l’a porté, suite à une insémination artificielle. Un an après sa naissance, Cécile entame la procédure d’adoption. « J’ai sous-estimé la durée de cette procédure, regrette-t-elle aujourd’hui. Depuis un an, j’ai passé plusieurs interviews, j’ai rencontré un psychologue et une assistante sociale à l’ONE. Le tout nous a déjà coûté environ 250 euros. » 

Aujourd’hui, elle doit déposer sa requête au tribunal de la jeunesse. « On m’a dit que ça prenait encore deux, voire trois ans. Il peuvent demander une enquête sociale, recueillir plusieurs avis dans la famille, auprès de nos voisins… Ma compagne voyage beaucoup et je suis souvent seule avec notre fils. Le problème, c’est que je n’ai aucune autorité parentale. Quand tout va bien, tout va bien. Mais s’il devait par exemple être hospitalisé d’urgence, je n’ai aucun droit sur lui, je suis une inconnue. Pourquoi ne pourrais-je pas reconnaître mon fils à sa naissance par une simple procédure administrative, comme c’est le cas pour les couples hétéros, même quand ils ont recours à l’insémination artificielle ? »



Faut-il fournir un cadre légal à la « gestation pour autrui » ?

C’était l’une des revendications portées par la Belgian Pride de ce 18 mai : il faut encadrer légalement le recours aux « mères porteuses ». Car quand on voit les maigres chiffres de l’adoption par des couples homosexuels, on imagine bien que de nombreux couples d’hommes souhaiteraient se tourner davantage vers cette pratique. Plusieurs le font déjà, mais c’est l’insécurité qui domine tout au long de la démarche. Quid si la mère porteuse renonce ? Quid si elle souhaite avorter ? Quid si sa grossesse connaît des complications ? 

Plusieurs textes ont été présentés au parlement à ce sujet mais aucun n’a abouti jusqu'à présent. L’asbl Homoparentalités a donc récemment décidé de prendre les devants en rédigeant une proposition de proposition de loi destinée à encadrer le « don de gestation ». Elle est consciente de marcher sur des œufs. La pratique est éminemment controversée et certains, même au sein de la communauté homosexuelle, s'y opposent catégoriquement. Ils dénoncent une marchandisation à outrance du corps de la femme qui se réduirait selon eux à un « utérus sur pattes », perdant tous ses droits.


J.L.