EDITO –– Le monde peut-il, à l'occasion d'une compétition sportive, avoir les yeux rivés vers un pays qui ne respecte pas les droits de l’Homme sans que cela ne soit dénoncé ? Car c’est bien cette question qu’il faut se poser au moment où l’Union européenne apparaît divisée sur l’opportunité d’un boycott de l’Euro 2012 en Ukraine. Au moment aussi où le Premier ministre polonais, Donald Tusk, dont le pays co-organise l’événement, vient de se réjouir d’avoir convaincu « presque tous » ses homologues intéressés par le football de venir assister aux rencontres.
Si la question du boycott s’est posée, c’est pour protester contre la situation de l’opposante et ancienne Première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko. Détenue dans l’une des quatre villes ukrainiennes qui accueilleront l’Euro de football du 6 juin au 1er juillet, elle serait victime de mauvais traitements.
Mais d’autres événements sont passés sous silence, qui justifieraient largement le boycott de la compétition sportive. Dimanche, la première Gay Pride de Kiev, la capitale ukrainienne, a dû être annulée en dernière minute. En cause : la présence massive de contre-manifestants et le manque cruel de protection policière. Après la conférence de presse annonçant l’annulation de la marche, le président de l’association LGBT Gay Forum of Ukraine fut littéralement tabassé par des inconnus qui ont pris la fuite en réalisant qu’ils étaient entourés de journalistes.
Pour Amnesty International, il était clair dès le début que la police de Kiev ne voulait pas que ce rassemblement ait lieu. Car si les forces de l’ordre ne sont pas capables d’assurer la sécurité d’une Gay Pride, comment le seraient-elles pour un événement comme l’Euro de football ? Les hooligans, tant redoutés dimanche par la police, seront pourtant bien plus nombreux…
La réalité est qu’il s’agit d’un choix politique. Que l’on ne peut que déplorer. Pourquoi la police sécuriserait-elle une marche des fiertés alors que le Parlement ukrainien doit bientôt examiner une proposition de loi interdisant la publication d’informations relatives à l’homosexualité et prévoyant des peines de prison pour ceux qui braveraient l’interdit ?
Lorsque les supporters feront résonner les stades à coups de cris et de chants, les dirigeants qui auront fait le choix de se rendre sur place devront penser à toute cette frange de la population réduite au silence. Privée, elle, de rassemblement.

