jeudi 17 mai 2012

Rapport "SOS homophobie" : le temps de l'homophobie ordinaire et de proximité


Ce jeudi 17 mai se tient comme chaque année la journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Une date symbolique puisque le 17 mai 1990, l’Organisation Mondiale de la Santé retirait l’homosexualité de la liste des maladies mentales. L’association française SOS homophobie vient de publier son rapport annuel 2012. Un document de plus de 150 pages qui aide à mieux cerner le phénomène et ses évolutions et dont voici les grandes lignes. 
1 556 témoignages reçus en 2011. C’est la première fois que l’association enregistre autant de signalements depuis la publication de son premier rapport sur l’homophobie en 1997. C’est une augmentation de 5 % par rapport à 2010 mais le rapport nuance. La hausse du nombre d’actes signalés n’est pas forcément liée à une augmentation des actes homophobes. La meilleure visibilité de l’association et le fait que les victimes osent davantage témoigner sont des facteurs à prendre en compte.
C’est Internet qui véhicule le plus l’homophobie malgré un recul de la part de témoignages qu’il représente. 17 % des cas recensés dénoncent une homophobie de la part d’internautes ou de responsables de sites. Le rapport publié cette semaine marque par ailleurs le retour des contextes « travail » (13 %, + 36 %), « famille-entourage proche » (13 %, + 36 %) et « voisinage » (12 %, + 32 %).
Plus d’un témoignage sur trois fait état d’une parole, d’une violence ou encore d’une discrimination homophobe subie dans le cadre de la vie quotidienne de la victime. Des données qui amènent l’association à tirer la sonnette d’alarme. S’il n’est plus question de répression officielle de l’homosexualité, la réprobation officieuse et quotidienne est toujours bien là. SOS homophobieévoque à ce propos un phénomène plus subtil et insidieux : l’homophobie ordinaire (et parfois inconsciente). Il s’agit là d’une forme de rejet beaucoup plus difficile à combattre que l’homophobie flagrante. Pour l’association, c’est le travail de prévention (en milieu scolaire [5 % des témoignages, + 45 %], dans le grand public et auprès des institutions publiques) qui permettra de lutter contre cette homophobe ordinaire.

Campagne "SOS homophobie"

8 jours d’interruption de travail
Plus de la moitié des témoignages (51 %) font part d’insultes. Les agressions physiques augmentent par ailleurs de 22 %, à 11 %, et elles s’accompagnent de harcèlement dans 19 % des cas. Parmi les victimes d’homophobie qui ont contacté l’association, 27 ont fait constater leurs blessures auprès des urgences médico-judiciaires, cumulant 225 jours d’interruption temporaire de travail, soit en moyenne plus de 8 jours par victime.
Les agressions dans les lieux publics représentent près de la moitié des agressions physiques (47 %). Les témoignages reçus par l’association indiquent dans la majorité des cas que ces agressions sont uniquement motivées par l’homophobie. Le profil de l’auteur de l’agression est masculin dans 78 % des cas. Les femmes, elles, interviennent quasi uniquement dans le cercle familial ou le voisinage même si l’association a tout de même reçu trois témoignages d’agressions commises par des femmes dans des lieux publics.
La lesbophobie ou le règne de l’invisibilité
En 2011, l’association a reçu 246 témoignages de lesbiennes victimes d’homophobie ou plus précisément de lesbophobie (ce mélange de sexisme et d’homophobie). Un nombre en nette augmentation mais qui ne représente qu’une petite partie du nombre total de témoignages reçus (16 %). Une faible proportion que l’association explique par le fait que beaucoup de lesbiennes ont encore du mal à se définir comme victimes. Le sexisme étant bien souvent intériorisé dans notre société, l’homophobie qui vient s’y greffer n’est pas toujours clairement identifiable. Par ailleurs, le fait de rendre les lesbiennes invisibles les empêche parfois de nommer ce qu’elles subissent.
L’année 2011 marque tout de même une explosion des témoignages dans les lieux publics. La violence apparaît en général lorsque les agresseurs s’aperçoivent que les femmes sont réellement en couple et que ce n’est pas un jeu. Le rapport pointe à ce sujet ce trait spécifique de la lesbophobie qu’est la dérision de la sexualité entre femmes.

Le rapport complet est disponible à l’adresse suivante :


                                                    Maëlle Le Corre – www.yagg.com



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